Make me be... six feet under.




Don't let me go...

Je n'ai jamais aimé la solitude.

Il m'a toujours fallu un contact humain, si trivial soit-il. Que ce soit un regard, un geste de rien ou un mot au hasard, ma vie se résume à l'Autre. Je ne pus vivre sans qu'il n'y eût vie autour de moi. Un brin d'humanité m'enlaçait de sa vie en couleurs. Déjà bien pâle, je me contentais d'en absorber les plus attrayants ornements. Ainsi, je souriais, mon teint chantait et même mes larmes s'irisaient d'or.

Chacun y trouvait son compte. Ce jeu faisait ma bonne fortune ; je n'avais qu'à honorer ma présence en savourant ma chance. Pourtant, le soir, les battements de l'horloge me rappelaient à ma solitude. J'étais seul une seconde, puis deux. Je redevenais fatalement pâle et aucune lumière artificielle ne pouvait défier la nuit que je portais en moi.
Il fallait compenser, il fallut avancer. Ce que je fis. Je me hâtais pour enfin trouver la plénitude : le moment où toutes les couleurs ne se cultivent plus ; le moment où l'on attend sans ne s'attendre à rien et le moment où l'on est, soi, sans besoin de l'autre. Quelques doutes se croyant supérieurs à ma voie tracée, prirent toutefois leur ampleur. La solitude était un fait, le noir, ma nouvelle peur.
Comment naître sage si cette vie nous malmène ?

Je me résignais, sous un sourire battant. Mon coeur était posé tout comme hors de moi. J'étais peu à peu témoin de la greffe de ma vie. Je prenais mon sens.Pour autant, mon besoin de l'autre demeurait inchangé. Je voulais arracher ce tissu de cellules qui m'emprisonnait. J'en étais bien incapable et mon sang me servait d'encre dans ce chemin si rude.

Les combats s'enchainèrent : la vie.

Mes réponses avaient un goût acide qui me brûlait de l'intérieur. On me regarda d'un autre oeil.
La main de l'Homme me caressait en silence. Cet homme, je l'avais aimé et détesté ; il était donc tout pour moi. Il me regardait enfin de son regard amoureux. Je succombais de désir, de son toucher si doux. J'entendais de loin, ces quelques murmures. J'étais pourtant si près...

Chaque jour, les gravillons résonnent à heure fixe. Mon voisin a beaucoup de visites et de couleurs. Certains lui offrent de merveilleux bouquets.

Je n'ai jamais aimé la solitude.

Depuis quelques temps, « il » n'est pas venu. Pas là : plus là.
J'aime les douze coups de minuit, car à chacun d'eux, je peux contempler les fleurs des Autres. Elles sont belles, même la nuit, et bien plus.
Pour ma part, je vis encore des autres, ce que je n'ai plus, et jamais eu.
Mes quelques fleurs sont fanées et sans attraits.
Seule mon âme au Diable peut lire mon funeste nom écrit et caché derrière ce tas insignifiant de feuilles mortes, et d'autres choses, qui sont déjà bien plus que moi.

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