
Je quitte la lumière pour l'obscurité réconfortante. La grotte du réel ou le faux originel.
Je couvre mes yeux de carrés noirs sévères. Camisole du plaisir visuel, je vis ma vie en un épicurisme virtuel. Le soleil ne touche pas mon corps ganté, écharpé, voilé. Sa chaleur m'étouffe mais je respire. Mon air est mien ; seule. Aucun ne me voit ; je les aperçois. Leur plaisir brûle pour d'autres ; sale. Mes gestes sont simples et noirs, aussi. Je marche droit : aucune ivresse de vivre. Mes hanches se collent aux lignes pavées qui se ressemblent toutes. Je n'aligne mot. J'avance pour avancer. Je ne me permets aucune lumière de choix. Aucune idée. Ni tentation ni dévotion humaine ; seule.
Je méprise chaque passant pour qu'ils m'ignorent, d'un faux air dédaigneux. Le dédain n'est pas, mais ma coquille noire est vierge de sens. La beauté du corps n'est pas. Aucune iris n'effleure mes couches. Je suis laide et, plus je le suis, plus l'on m'honorera. Chaussures plates, noires. Le sol se meut sous mon poids stable et immobile. Statue de cire noire, je ne suis créée que par ma vie, noire à son tour et mes lois de non-couleur. Je procréerai d'un linceul vermeil, l'enfant, qui noircira vite sous ma fadeur imposée.
Je suis et merci. Je ne serai car je pourrais mourir, un jour.
Figure obligée d'une décomposition quotidienne : noir est mon voile.
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